L’éruption est réelle. À partir du 4 septembre, l’Anak Krakatau est entré en éruption à plusieurs reprises, projetant des cendres sur une partie de l’Indonésie. Plusieurs aéroports ont suspendu leurs opérations, et environ 2 900 vols ont été retardés, annulés ou déroutés, affectant plus de 340 000 voyageurs.
Depuis, la situation s’est nettement détendue. Les huit aéroports fermés ont rouvert le 8 septembre, celui de Jakarta compris. Le volcan reste classé au niveau 3 sur les 4 de l’échelle d’alerte indonésienne, et il est entré en éruption à nouveau depuis, mais le trafic aérien a repris.
La vidéo qui a fait le tour des réseaux, elle, est fausse.
Ce qui s’est passé
Une séquence montrant des gens fuyant devant une colonne éruptive a été massivement partagée comme étant l’Anak Krakatau. Un post TikTok du 5 septembre l’accompagnait d’un conseil sanitaire sur le port du masque dans la province de Lampung, ce qui lui donnait un air de service public.
Sauf que le clip circulait déjà en novembre 2025, bien avant cette éruption. Les vérificateurs de BOOM, de The Quint et de Newschecker ont tous conclu à une vidéo générée par intelligence artificielle. L’outil de détection Hive Moderation lui attribue 99 % de probabilité de contenu synthétique.
À l’œil nu, les indices sont là quand on sait où regarder. La colonne de fumée passe du violet vif au rouge puis à l’orange, sans raison physique. Les mouvements de foule se répètent. Mais personne ne regarde une vidéo d’éruption avec cet œil-là quand elle arrive dans son fil d’actualité.
Le plus gênant n’est pas le post TikTok. Ce sont les médias qui l’ont repris. NDTV Profit et le Times of India, entre autres, ont publié la séquence en la présentant comme l’éruption en cours. Quand un titre de presse établi relaie une image, le réflexe de vérification tombe.
Pourquoi ça compte si tu pars en Indonésie
Parce que c’est exactement sur ce type d’image qu’on annule un voyage. Tu vois une vidéo apocalyptique, tu en conclus que le pays est à l’arrêt, et tu renonces à un séjour prévu de longue date.
Or la réalité est plus nuancée, et surtout plus localisée. Les perturbations concernent le trafic aérien autour du détroit de la Sonde et de Java. Bali, Lombok et l’est de l’archipel ne sont pas sous le panache. Une annulation sèche, prise sur la foi d’une vidéo truquée, te coûte un voyage pour rien.
Les trois réflexes qui suffisent
Vérifie auprès de ta compagnie aérienne, pas sur les réseaux. L’état réel de ton vol est une donnée factuelle, disponible en trente secondes, et c’est la seule qui décide de ton départ.
Regarde la date de la source, pas celle du partage. Une vidéo peut être authentique et dater de six ans. Une recherche d’image inversée règle la question en un clic.
Et pour l’activité volcanique elle-même, appuie-toi sur l’Agence de géologie indonésienne. C’est elle qui fixe les niveaux d’alerte, et ses bulletins sont autrement plus fiables qu’un fil d’actualité.
Je n’écris pas ça pour minimiser l’éruption : elle est bien réelle, et plus de 340 000 voyageurs perturbés, ce n’est pas anodin. Mais décider sur une image fausse, c’est se tromper deux fois.