Kecap manis : le soja sucré indonésien et ses substituts

Pressia
Par Pressia
Photo : Jdmtdktdht, CC BY-SA 3.0

Le kecap manis, c’est cette sauce brune et sirupeuse qui donne au nasi goreng sa couleur presque noire. Tu la retrouves aussi dans le petit bol posé à côté des brochettes de satay, ou nappée sur un poulet grillé à la sortie d’un warung.

Elle n’existe presque nulle part en supermarché français classique. La vraie question n’est donc pas comment la cuisiner, mais ce que c’est exactement, et par quoi la remplacer une fois rentré si tu veux retrouver ce goût.

Une sauce soja qui n’a de soja que le nom

Le mot kecap vient du hokkien kê-tsiap, un condiment à base de poisson fermenté que des marchands chinois ont apporté sur l’île de Java. C’est la même racine que le mot anglais ketchup, deux condiments qui n’ont aujourd’hui plus rien en commun.

Vers 1850, les immigrés chinois installés à Java ont commencé à ajouter du sucre de palme à la sauce soja classique, pour coller au goût sucré-salé apprécié localement. La recette s’est fixée dans le centre de l’île, là où les plantations de canne à sucre côtoyaient déjà des fabriques de sauce soja.

Le dosage en sucre change beaucoup d’une région à l’autre. Le centre de Java, autour de Solo et Yogyakarta, produit la version la plus sucrée du pays, quand d’autres îles gardent une sauce plus proche du salé d’origine.

Le résultat porte le nom de kecap-jawa, la version javanaise, devenue de loin la plus répandue du pays. Si tu prends le train à Java, tu croiseras encore de petites fabriques familiales qui tournent depuis des générations, à côté des grandes marques industrielles.

Ce que dit vraiment l’étiquette

Un kecap manis de base se compose de soja fermenté, de sucre de palme, d’eau et de sel. Le sucre de palme peut représenter jusqu’à la moitié du poids total, ce qui explique la texture épaisse et le goût presque caramélisé.

Les marques industrielles ajoutent souvent des épices, anis étoilé, cannelle, coriandre, clou de girofle. Bango, propriété d’Unilever, domine le marché indonésien. ABC, racheté par Heinz, arrive juste derrière. Il existe aussi une centaine de marques régionales, certaines fabriquées depuis 1882 dans la région de Tangerang.

Si tu en trouves un pot en épicerie asiatique, lis la liste d’ingrédients. Un bon kecap manis mentionne le sucre de palme en position haute, pas seulement du sirop de glucose et du caramel colorant.

En Europe, c’est aux Pays-Bas qu’on le trouve le plus facilement, sous le nom de ketjap manis, un héritage direct de la colonisation hollandaise en Indonésie. En France, il reste cantonné aux épiceries asiatiques des grandes villes.

Fabrication artisanale de sucre de palme en Indonésie, l'ingrédient qui donne au kecap manis sa texture sirupeuse
Le sucre de palme, gula jawa, peut représenter jusqu’à la moitié du poids d’un kecap manis. Photo : Irhan Khoirul, Licence Pexels

Si tu n’en trouves pas, la solution de secours

Faute de kecap manis, tu peux en approcher le goût toi-même. Mélange à parts égales de la sauce soja et du sucre de palme, ou à défaut de la cassonade avec une cuillère de mélasse pour la couleur.

Fais chauffer doucement jusqu’à ce que le sucre fonde et que le mélange épaississe, deux à trois minutes suffisent. Ce n’est pas du vrai kecap manis, qui demande une vraie fermentation, mais le résultat s’en rapproche assez pour la plupart des plats.

Où tu le retrouves vraiment dans l’assiette

Le kecap manis est l’ingrédient qui fait la couleur et le goût du nasi goreng et du mie goreng, les plats de riz et de nouilles sautés qu’on trouve à tous les coins de rue en Indonésie.

Il sert aussi de base à l’ayam kecap, un poulet mijoté dans la sauce avec de l’ail, du gingembre et des échalotes, et à sa version au porc, le babi kecap, plus courante dans les foyers chinois-indonésiens.

Mélangé à de l’échalote frite et du piment, il devient la sauce trempette posée à côté des brochettes de satay ou du poulet et du poisson grillés, ayam bakar et ikan bakar.

Il colore aussi le semur, un ragoût de bœuf ou de tempeh mijoté longuement dans la sauce et les épices. Plus discret sur les cartes de restaurant, ce plat reste un classique des cuisines familiales javanaises.

Un plat de nasi goreng, riz frit indonésien à la couleur brun foncé caractéristique du kecap manis
Le riz frit indonésien tient sa couleur presque noire du kecap manis, pas d’une sauce soja classique. Photo : Lintoe, Licence Pexels

Voici comment l’utiliser concrètement, avec l’ayam kecap, un classique qu’on mange aussi bien dans une gargote de Yogyakarta qu’à la table d’une famille de Jakarta.

La recette

Ayam kecap, poulet mijoté au kecap manis

Pour4 personnesPreparation15 minCuisson25 min

Ingredients

  • 800 g de hauts de cuisse de poulet désossés
  • 4 cuillères à soupe de kecap manis (60 ml)
  • 2 cuillères à soupe de sauce soja claire (30 ml)
  • 3 gousses d’ail émincées
  • 2 cm de gingembre frais râpé
  • 2 échalotes émincées
  • 1 cuillère à café de curcuma en poudre (5 g)
  • 20 cl d’eau
  • 1 cuillère à soupe d’huile neutre (15 ml)

Preparation

  1. Faire revenir. Fais revenir l’ail, le gingembre et les échalotes dans l’huile chaude, deux minutes, jusqu’à ce que ça embaume.
  2. Saisir. Ajoute le poulet et le curcuma, fais dorer chaque face trois minutes à feu vif.
  3. Mijoter. Verse le kecap manis, la sauce soja et l’eau. Couvre et laisse mijoter vingt minutes à feu doux, en retournant le poulet à mi-cuisson.
  4. Réduire. Ôte le couvercle les cinq dernières minutes pour que la sauce épaississe et nappe bien le poulet.

L’erreur qui plombe un plat maison

La faute la plus fréquente est de remplacer une sauce soja classique par du kecap manis, volume pour volume, dans un plat qui n’est pas prévu pour être sucré. Le résultat vire au dessert salé, rarement réussi.

Le kecap manis est aussi moins salé qu’une sauce soja ordinaire à volume égal, à cause du sucre qui dilue la proportion de sel. Un plat qui compte uniquement sur lui pour assaisonner manque souvent de profondeur, et réclame une pincée de sel en plus.

Ne le confonds pas non plus avec la sauce teriyaki japonaise. Le teriyaki mise sur l’umami du mirin et du saké, le kecap manis sur le sucre de palme, et les deux ne se remplacent pas l’un l’autre sans changer complètement le plat.

Kecap manis et sauce hoisin, la confusion classique

Les deux sauces sont sombres, épaisses et sucrées, et beaucoup de recettes occidentales les utilisent comme si elles étaient interchangeables. Ce n’est pas tout à fait vrai.

La sauce hoisin est plus concentrée en umami, avec une touche d’épices chinoises comme la cannelle et l’anis étoilé. Le kecap manis est plus liquide et nettement plus sucré, dominé par le sucre de palme plutôt que par la pâte de soja fermentée.

Le conserver sans se tromper

Une bouteille de kecap manis fermée se garde longtemps dans un placard, à l’abri de la lumière. Une fois ouverte, mieux vaut la passer au réfrigérateur, surtout pour les versions artisanales sans conservateurs.

Le sucre de palme a tendance à cristalliser au froid. Si la sauce épaissit trop, il suffit de la réchauffer quelques secondes pour qu’elle retrouve sa texture sirupeuse.

Ramène-en un pot si tu en croises un marché en Indonésie, il voyage très bien et se conserve des mois sans problème. C’est aussi un souvenir qui pèse peu dans une valise, et qui rend service bien après le retour.

Questions fréquentes

?Le kecap manis est-il juste de la sauce soja sucrée ?

Pas tout à fait. La base de fermentation est proche d’une sauce soja classique, mais le sucre de palme représente jusqu’à la moitié du poids final, ce qui donne une texture sirupeuse et un goût presque caramélisé qu’une sauce soja additionnée de sucre n’a pas.

?Où acheter du kecap manis en France ?

En épicerie asiatique ou indonésienne, parfois dans les magasins bio bien fournis. En supermarché classique, presque jamais. À défaut, le substitut maison décrit plus haut fait l’affaire pour la plupart des plats.

?Par quoi remplacer le kecap manis si je n’en trouve pas ?

Mélange à parts égales de la sauce soja et du sucre de palme ou de la cassonade, et fais chauffer doucement quelques minutes jusqu’à ce que ça épaississe. Le résultat n’est pas identique, mais il s’en approche largement.

?Le kecap manis contient-il du gluten ?

La plupart des marques utilisent une base de sauce soja brassée avec du blé, donc oui, sauf mention explicite sans gluten sur l’étiquette. Elles restent rares pour ce produit précis.

?Quelle est la différence entre kecap manis et kecap asin ?

Le kecap asin est la sauce soja salée classique, proche de ce qu’on trouve ailleurs en Asie. Le kecap manis, sucré et épais, représente aujourd’hui environ 90 % de toute la sauce soja consommée en Indonésie.

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